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Charte de la Laïcité : peut-on être croyant à l’école ?

Fiche publiée dans "Politique éducative en primaire" le 13/09/2013

Charte de la Laïcité : peut-on être croyant à l’école ?
La devise républicaine sur le mur d’une école publique de Villeurbanne (Wikimedia Commons- Cédric Lafont/CC-by-sa)

Lundi 9 septembre, le ministre de l’Éducation nationale a présenté la Charte de la Laïcité à l’école, destinée à rappeler à tous les grandes règles et principes applicables au sein des établissements publics d’enseignement, de l’école au lycée.

Le respect de toutes les croyances dans une école sans croyance

La Charte de la Laïcité se compose de 15 articles. Les cinq premiers rappellent les principes laïcs de la République à savoir une séparation totale des religions et de l’État dans un respect de toutes les croyances et de liberté de croyance.

Les 10 articles suivants concernent l’application de la laïcité dans les écoles, collèges et lycées publics.

Dans la circulaire à paraître dans le Bulletin officiel de l’éducation nationale, le ministre de l’Éducation nationale revient sur ce principe : « La laïcité doit être comprise comme une valeur positive d’émancipation et non pas comme une contrainte qui viendrait limiter les libertés individuelles. Elle n’est jamais dirigée contre des individus ou des religions, mais elle garantit l’égal traitement de tous les élèves et l’égale dignité de tous les citoyens. Elle est l’une des conditions essentielles du respect mutuel et de la fraternité. »

la charte de la Laïcité est disponible sur le site de l’Éducation nationale : www.education.gouv.fr

Une incompatibilité des croyances avec un programme laïc ?

C’est une question épineuse auxquels un grand nombre d’enseignants ont déjà dû se frotter. Comment apprendre aux élèves un programme qui rentre en conflit avec leurs propres croyances, par exemple sur le programme de sciences naturelles ?

L’article 12 de la Charte répond à cette question : « Les enseignements sont laïques. Afin de garantir aux élèves l’ouverture la plus objective possible à la diversité des visions du monde ainsi qu’à l’étendue et à la précision des savoirs, aucun sujet n’est a priori exclu du questionnement scientifique et pédagogique. »

En d’autres termes, les enseignements dispensés répondent à des programmes stricts, reposant sur des valeurs ne prenant pas en compte les théories religieuses. Il ne s’agit pas de discriminer telle ou telle religion, mais d’apporter à l’élève un socle de connaissance neutre, ce que l’article 7 définit comme un « accès à une culture commune et partagée ». Dans ce même cadre, « Aucun élève ne peut invoquer une conviction religieuse ou politique pour contester à un enseignant le droit de traiter une question au programme » (art 12).

L’acquisition de ce socle de connaissance neutre permettra à l’élève de se forger ensuite son propre questionnement, sa propre opinion ou ses propres croyances sur le sujet, garantissant ainsi la liberté de culte.

La pédagogie au cœur de la laïcité

Dans son article 15, la charte met les enfants au cœur de leur apprentissage : « Par leurs réflexions et leurs activités, les élèves contribuent à faire vivre la laïcité ».

Autrement dit, il revient au personnel éducatif de mettre en place et de proposer aux élèves différentes interventions et activités sur le sujet dès cette année, des cours de morale laïque étant par ailleurs prévus pour la rentrée 2015 en primaire.

Face au manque de formation des enseignants sur le sujet, Vincent Peillon précise dans sa circulaire que des documents pédagogiques seront mis à disposition sur le site de ressources Eduscol, avec notamment « des textes de référence et des pistes bibliographiques ».

Une vie scolaire dans le respect et la tolérance

Comme pour les enseignements, la vie des élèves à l’école est régie par la laïcité. Les règles en vigueur respectent les croyances, mais dans certaines limites, assurant ainsi aux élèves une éducation dans la liberté, l’égalité et la fraternité :

  • Liberté de culte et d’expression des élèves « dans la limite du bon fonctionnement de l’École » (art 8). Le dialogue et l’échange doivent forcément être privilégiés, mais doivent être protégés « de tout prosélytisme de toute pression qui empêcheraient [les élèves] de faire leurs propres choix » (art 6).
  • Égalité dans l’apprentissage de la citoyenneté, le façonnement de l’identité et de la personnalité et dans le rapport à l’ordre établi. Ainsi, « Nul ne peut se prévaloir de son appartenance religieuse pour refuser de se conformer aux règles applicables dans l’École de la République » (art 13).
  • Fraternité dans le sens de tolérance, de compréhension et de respect des valeurs de chacun impliquant au sens de l’article 9, un « rejet de toutes les violences et de toutes les discriminations », une « égalité entre les filles et les garçons ».

En application de la loi de 2004, « le port de signes ou tenues par lesquels les élèves manifestent ostensiblement une appartenance religieuse est interdit » (art 14).

Une neutralité stricte du personnel

Forcément, le corps éducatif et les personnels de l’école doivent être un exemple de laïcité. Ces derniers devant « transmettre aux élèves le sens et la valeur de la laïcité » (art 10).

Ainsi, les personnels doivent accompagner les enfants dans leur apprentissage en mettant leurs propres de croyances de côté.

Cela ne signifie pas qu’ils doivent répudier leurs croyances, mais que celles-ci ne doivent aucunement intervenir dans leurs fonctions, que ce soit par la parole, les actes ou la prestance. « Les personnels ont un devoir de stricte neutralité : ils ne doivent pas manifester leurs convictions politiques ou religieuses dans l’exercice de leurs fonctions », précise ainsi l’article 11.

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